Food and Fuzz

Amenra, diabolus in musica et les ravioles au saumon et pesto dans un bouillon de fenouil et cresson.

FullSizeRender

photos du concert: http://www.stemutz.ch/

Comment convaincre Fribourg la catholique, l’Evêché et un collège à l’histoire intimement rattachée à la religion d’accueillir en son sein le concert d’un groupe de métal belge? Je sais que Sylvain Maradan, qui programmait là un de ses derniers évènements pour le compte du Nouveau Monde a dû batailler, brosser dans le sens du poil, convaincre et plus concrètement, il a fallu faire lire les paroles des chansons. Mais avec l’aide de Stéphanie Bender et de tous les saints, ils sont arrivés à l’inimaginable et ce ne sont pas les quelques affichettes et les prières à hautes voix proclamées devant l’entrée par une poignée de fidèles qui gâcheront la fête. Amenra est donc programmé, pour deux dates, une plus « traditionnelle » dans les murs du Nouveau Monde, et celle-ci, qui nous intéresse tout particulièrement, a eu lieu le 23 mai dernier dans l’Eglise du Collège Saint-Michel de Fribourg.

Vous comprendrez vite au fil de cet article que je suis loin de ce que mon prénom pourrait suggérer (et je ne parle pas de ma virginité). Je n’ai aucune espèce d’affection pour la religion catholique ou toute autre religion d’ailleurs. Mais je respecte sa culture et son histoire, et j’imagine bien que lorsque l’on organise un tel concert, mieux vaut éviter de près ou de loin les déclarations d’amour à Satan. Quoiqu’il faut bien avouer que j’aurais ri de voir les lausannois de Hey Satan en première partie.

On entre dans l’Eglise, je me félicite de ne pas avoir pris feu. Les nombreux péchés que j’accumule depuis ma dernière confession forcée vers l’âge de 10 ans feraient pourtant un excellent combustible. Le lieu est magnifique. L’église de style gothique (tardif) a été construite entre 1606 et 1613. Transformée au XVIIIe siècle, elle se mue alors en un petit bijou de rococo. Au plafond, très approprié je trouve, des fresques représentants la lutte entre le bien et le mal ont vite eu raison de ma nuque. Il règne une ambiance très spéciale. Le public est plutôt varié, il y a des curieux, des inconditionnels du Nouveau Monde, mais surtout, plein de fans du genre. Et il faut le dire, de tous les publics, c’est celui-ci que je préfère. Jamais je n’ai assisté au moindre débordement, au moindre problème dans le milieu du métal. Et ils sont beaux tous ces métalleux qui terminent leur bière avant d’entrer et s’avancent silencieux dans l’allée. Pas d’éclats de rire, pas de mots plus haut que l’autre, un petit bruissement de pas et quelques frottements de perfectos accompagnent le bruit de quelques talons qui font claquer le sol de l’Eglise. Un peu tendue quand même par la lourdeur du lieu, j’entonne un “plus près de toi mon Dieu” dans le creux de l’oreille de mes voisins pour détendre l’atmosphère. Ça fonctionne plutôt bien. N’allez pas mal le prendre, on ne se moque pas. C’est nerveux, un peu comme les fou rires aux enterrements, jusqu’à ce que l’on croise le regard d’une vieille tante furibonde.

Pas de vieille tante ce soir, mais un service de sécurité musclé qui arpente les allées de l’Eglise. Les quelques fidèles infiltrés sous couvertures peuvent souffler, il n’y aura pas de pogo dans le prolongement de la nef. Les bancs sont pleins. Il est 20h30 et le soleil passe encore à travers les vitraux quand Louis Jucker s’avance, un peu comme une mariée mourante, en poussant de petits cris et des gémissements  très aigus. L’écho de l’Eglise lui sert de caisse de résonnance. Le lieu lui va comme un gant. Le silence s’installe très rapidement, la messe est lancée. A la fin de son concert, après avoir remercié les organisateurs et le public, il dit ce que l’on pense tous: “c’est balèze”. 11110876_1605833286300929_3099799798519106956_n

Après quinze minutes de pause, il fait désormais nuit. Assis dans le choeur, en rond, les musiciens d’Amenra prennent alors possession du lieu. L’abside éclairée derrière eux ajoute une dimension dramatique à la scène. 11219226_1605833386300919_4930023557727869469_n Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre en me rendant à ce concert. Mais je dois bien avouer que ce que j’avais imaginé était assez loin de ce à quoi j’ai assisté. Au fond, j’aurais adoré que les représentants de l’Evêché soient au premier rang pour assister à notre messe. Aucune parole blasphématoire, pas de croix à l’envers ni l’ombre d’un poussin sacrifié, mais l’empreinte et les caractéristiques musicale du métal, rassemblés dans un set acoustique puissant, doux mais tout droit sorti des ténèbres. Et les ténèbres c’est un peu leur fond de commerce à Amenra. Une grande partie de leurs chansons parlent de la mort, du deuil, de ce qui se passe ensuite. Ils sont finalement bien plus religieux que la plupart des gens qui vont chanter la messe une fois de temps en temps le dimanche (je ne parle pas de ceux qui vont chanter en latin à Hauterive, eux ce sont de vrais de vrai). Même leur nom, Amenra vient de la contraction entre la déclamation hébraïque Amen et de Ra, du nom du Dieu (du disque solaire) égyptien, créateur de l’univers. Bonne indication que l’on n’a pas à faire ici à de fervents catholiques, mais à de vrais croyants, au sens large du terme. Ils croient en quelque chose, c’est certain, mais quoi exactement? Il existe même autour d’eux une « Church of Ra ».

Ce qui m’a vraiment surprise, c’est de retrouver dans cette église, cette atmosphère propice à l’introspection, à l’heure de la prière, entourés de tous les saints et des symboles catholiques mêlés à ce que le métal a de plus beau à offrir, ces accords tendus, ce « diabolus in musica » désagréable parce que posé là, non résolu, juste au bord de notre oreille. Il aura d’ailleurs suffisamment fait peur à l’Eglise pour être interdit dans la musique baroque. Mais certains compositeurs ont su l’utiliser avec génie. Richard Wagner par exemple est considéré par certains comme le père fondateur du métal. A vous d’en juger. Mais une chose est certaine, pas de quarte augmentée (oui c’est beaucoup moins joli que Diabolus in Musica), pas de Black Sabbath. Et pas de Black Sabbath, pas de métal. En préparant cet article, je suis tombée sur ce documentaire d’un anthropologiste fan de métal dans lequel Tony Iommi explique comment ils ont joué malgré eux la musique du diable.

Ecoutez ici le « Götterdämmerung » de Wagner, le crépuscule des Dieux, leur entrée dans le Wallhalla, le paradis viking, après une ultime guerre avec les hommes.

Quoiqu’il en soit, après une heure d’envoûtement, dans un recueillement forcé puisqu’ assise sur mon banc je ne voyais rien du groupe, le concert se termine comme il a commencé, dans la douceur. Chaque musicien quitte sa place, l’un après l’autre jusqu’à ce que la guitare termine seule. On applaudit, on est à la fois soulagés, parce que la messe, sur ces bancs là, ça se mérite et ça fait mal, et heureux. Ma copine Julie me dit: « Voilà, on pourra dire qu’on y était ».

http://amenra-official.tumblr.com

Ici, si ça vous intéresse, un très bon article de BBC News sur le phénomène que j’explique plus haut:

http://news.bbc.co.uk/2/hi/uk_news/magazine/4952646.stm

Les ravioles au saumon et pesto dans un bouillon de fenouil et cresson :

– Voir la recette ICI

foodandfuzz
Follow me

foodandfuzz

Vous aimez la bouffe et le rock?

Sur Food & Fuzz, je cuisine et propose les recettes préférées de mes musiciens préférés! Des reviews de concerts, des critiques d’albums, de l’actu et des recettes, le paradis?

Si tu as un groupe ou que tu as un super label et que tu aimerais un article sur Food & Fuzz, écris-moi!
foodandfuzz
Follow me

About the author

foodandfuzz

Vous aimez la bouffe et le rock?

Sur Food & Fuzz, je cuisine et propose les recettes préférées de mes musiciens préférés! Des reviews de concerts, des critiques d’albums, de l’actu et des recettes, le paradis?

Si tu as un groupe ou que tu as un super label et que tu aimerais un article sur Food & Fuzz, écris-moi!

Leave a Comment