Food and Fuzz

La Gale, Paris et l’étymologie fantastique de l’avocat

Elle est belle la Gale. Pas belle comme un mannequin lisse peigné à quatre mains, maquillage contour à la Kardashiasse et cul serré dans une jupe taille haute. Non, Karine, elle est belle comme un pitbull. Le genre à vous donner envie de vous approcher tout en gardant suffisamment de distance pour ne pas se faire mordre. La courte frange noire planquée sous son bonnet, elle veille sur son chien Rosko qui se promène en backstage, tendue à l’idée qu’il tombe sur de la mort aux rats dans les couloirs un peu vieillots du Nouveau Monde. Lui et moi avons fini par devenir intimes après qu’il m’ait roulé la pelle de ma vie, confortablement installé sur mon ventre, ses fiers attributs posés sur un de mes genoux, aussi doux que poilus, prêts à fournir une descendance racée à qui aura le patrimoine génétique correspondant. Heureusement ce n’est pas mon cas. En rentrant le soir , j’étais tout de même un peu mal à l’aise face à mon chien qui a bien dû sentir qu’il se tramait quelque chose. Mais passons.

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La rappeuse libano-vaudoise est en fait bien plus qu’il n’y paraît. Véritable hybride punk-rap, elle mélange les genres et ça se ressent jusque dans son public. Ce soir là, à Fribourg, si vous n’aviez pas vu l’affiche de la soirée, impossible de vous fier à l’apparence de son auditoire pour espérer deviner ce qui se passera sur scène. La plupart du temps, au style de musique correspond un dresscode plus ou moins précis. Lorsque vous vous retrouvez coincé dans un concert de Slayer, sous les aisselles de 50 métalleux aux cheveux longs, majeurs et annulaires coupés puisqu’ils ne servent à rien, patchs cousus religieusement sur des vestes en jean qui vont assez rapidement disparaître afin de laisser place à de fiers torses, ou que vous naviguez au milieu d’un concert de Johnny, dans un océan de mullets et de t-shirts collectors arborant tantôt un loup hurlant à la lune, tantôt une belle squaw enfourchant un chopper sur lequel flotte le drapeau confédéré (il faudra quand même qu’on leur explique un jour), même complètement cuit après un apéro avec les copains du fan club, il vous suffit de regarder autour de vous pour vous rappeler à quel concert vous vous trouvez.

Là, non.

Le public de La Gale est aux couleurs d’un rap teinté de rock, et ça fait du bien. Les castes tombent et les barbus engoncés dans leurs perfecto noirs partagent le bar avec des jeunes en baskets, quelques possibles vegan amis de la nature et plein d’autres que je ne m’aventurerai pas à catégoriser puisqu’au fond, on s’en fout. C’est un peu la Fête de la Musique mais en vachement mieux. Et les anecdotes vont bon train entre les chansons. Karine raconte même avoir passé quelques longues heures à Granges-Paccot lors de sa dernière venue en terres fribourgeoises, nos amis de la police (woop woop) ayant eu l’étrange idée de la placer en garde à vue pour d’obscures motifs liés probablement à la scène alternative. Libre comme l’air une demi-journée plus tard, elle n’en tient aujourd’hui pas rigueur et préfère en rire.

Pourtant, l’ambiance était un peu morose en backstage. Pour cause, le concert avait lieu au Nouveau Monde, exactement une semaine après la tuerie du Bataclan. On revit alors les mêmes scènes qui ont suivi le 11 septembre, tout le monde raconte où il était quand il a appris la nouvelle. Karine m’explique qu’elle était à Valence, à quelques secondes de monter sur scène quand elle a appris la nouvelle. Elle et son équipe ont pris la décision de faire le concert même si elle me confie avoir été sonnée. Tout ce qu’elle sait en montant sur scène, c’est qu’une prise d’otages est en cours dans la salle de concert parisienne qu’elle connaît bien. Impossible pour elle de casser l’ambiance en annulant, mais elle avoue avoir eu de la peine a être aussi virulente que d’habitude.

Une semaine plus tard, elle a commencé la digestion difficile de cet évènement avec beaucoup de lucidité. Pour elle, il ne faut pas se leurrer, la France est en guerre depuis longtemps. Ce qui « fout particulièrement les jetons » avec un évènement comme celui-ci, c’est qu’il prend place dans un environnement familier. La scène, le public, cet univers n’a habituellement rien à voir avec des images de guerre. C’est le milieu dans lequel elle gravite, donc forcément, elle est atteinte.

Elle me rappelle également que les enjeux de cette guerre nous dépassent complètement, avant d’enchaîner sur l’attentat commis à Beyrouth quelques jours plutôt. Karine, à moitié libanaise, n’a toujours pas digéré le bouton d’alerte offert par Facebook aux parisiens uniquement, et la médiatisation à deux vitesses de deux évènements pourtant similaires. Elle le martèle, on vit dans un monde à 40 vitesses. Pourquoi est-il aussi simple pour elle de passer la frontière alors que ses cousins galèrent ? Bien qu’elle comprenne l’appartenance nationale et les drapeaux, elle ne cautionne pas. Pessimiste, elle ne voit aucune solution à l’horizon tant les débats sont biaisés. Aucun processus de paix n’est mis en place nulle part .

L’important ce soir-là aura été l’énergie que Karine aura dépensée sur scène, comme pour hurler que personne ne fera taire la musique, personne ne la fera descendre de scène. Toute fine, entourée de deux rappeurs et d’un DJ, elle impressionne par sa présence malgré une mise en scène quasi inexistante. Nul besoin en effet d’artifices pour porter des textes aussi forts. Autre élément marquant, les genres n’ont pas leur place sur scène, elle ne rappe pas comme un mec, elle rappe comme La Gale. Décidément, que ce soit dans son public, dans sa musique, dans sa manière d’être, Karine sait comment faire tomber les barrières que d’autres s’imposent. Rien ne vient parasiter qui elle est et ce qu’elle veut donner. Avec Salem City Rockers sorti cette année, elle signe un lien fort entre ses racines punk/hardcore et son rap enragé. Les textes sont toujours aussi soignés que dans le précédent album, lui aussi largement salué par la critique. La pochette pourrait faire penser à un album de Doom suisse allemand, et le brouillage de pistes continue tout au long des onze titres qui le composent. Entre samples du pachydermique Easy Rider de Action Bronson (qui est en fait un sample d’un titre de Mazhar Ve Fuat, groupe turc plutôt inconnu à part peut-être une participation à l’Eurovision) et apparition merveilleuse de la voix de Paloma Pradal dans Petrodollars, les influences s’entremêlent et fonctionnent parfaitement. Pour Salem City Rockers, elle a eu la très bonne idée de s’entourer de I.N.C.H, rappeur et beatmaker parisien, et du toulousain Al’Tarba qui apportent leur expertise hip-hop et un public propre au genre.

L’album est inqualifiable, tout comme son titre est sujet à autant d’interprétations que d’écoutes possibles. À chacun de faire sa propre analyse et de trouver un sens aux textes de Karine, qui reprennent forcément les thèmes du premier album puisque les solutions aux problèmes qu’elle y a soulevé n’ont pas été trouvées entre-temps.

Ce soir-là heureusement, pas de solutions à trouver, son public et certainement quelques curieux appâtés par une belle présence médiatique en suisse romande n’auront pas été déçus.

Pour sa recette, la Gale me demande un Club Sandwich, si possible vegan. J’ai donc composé une recette que je vous propose plus bas, mais avec une petite explication sur un des ingrédients que je trouvais plus qu’à propos. Il s’agira du Club Sandwich Rosko, en hommage au pitbull de Karine et de sa gigantesque paire de couilles qui s’est permis de passer des instants inoubliables sur mes genoux. J’ai donc utilisé de l’avocat, puisque si vous ne le saviez pas encore, le mot avocat provient de l’espagnol aguacate, lui-même dérivé du mot de langue nahuatl ahuacatl qui  signifie testicule.

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Bon app!

Le Club Sandwich Rosko:

 

Il vous faut:

-Un pain de seigle coupé en tranches

-un avocat

-un citron vert

-4-5 tomates séchées

-un oignon nouveau

-du cresson

-100g de lentilles vertes

-100g de quinoa

-50g de haricots rouges

-du tahini (crème de sésame)

-du merken (épice chilienne)

-de l’huile d’olive

-sel et poivre

-une bonne moutarde

 

J’ai fait cuire le quinoa et les lentilles ensemble dans de l’eau salée pendant 20min pour qu’ils deviennent faciles à travailler, puis les ai mélangés avec les haricots rouges, une cuillère à soupe d’huile d’olive, une bonne pincée de merken et j’ai écrasé le tout après avoir ajouté deux cuillères à soupe de Tahini pour obtenir une pâte texturée (ne pas mixer). Mettre de côté.

Pour l’avocat, j’ai hâché l’oignon nouveau et les tomates séchées que j’ai mélangés avec l’avocat écrasé, le jus du citron vert, une pointe de sel et un tour de moulin de poivre. Puis j’ai ajouté en dernier le cresson grossièrement hâché.

Il ne reste alors qu’à monter le club sandwich. J’ai mis de la moutarde sur chaque tranche, puis chacune des préparations sur une tranche et j’ai juxtaposé.

C’est prêt! L’avantage de ce sandwich étant qu’il est hyper protéiné et plein de fibres, il suffit à un repas complet.

 

 

 

 

 

 

 

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