Food and Fuzz

Louis Jucker, la Coutellerie et le strict nécessaire

IMG_0703

OH JE SAIS, pas besoin de crier. Je n’ai rien posté depuis des lustres. Je n’ai aucune excuse. Pardonnez-moi. Bientôt les bonnes résolutions et un agenda performant, et je serai toute vôtre. Mais passons.

 

Dans la famille « penche la tête en avant j’ai envie de passer ma main dans tes cheveux », il y avait déjà Laure Bétris, la jolie fribourgeoise de Kassette, et Robin Girod, le genevois charmeur aux commandes de Cheptel Records et de Mama Rosin entre autres. Il ne faudrait cependant surtout pas omettre les boucles de Louis Jucker. Le Chaux-De-Fonnier, architecte de formation, est actuellement en tournée avec Audrey La Delfa, une « collagiste » française qui le suit pour une série de house shows entre la France et la Suisse.

IMG_0712

Je les ai rencontrés après leur concert à la Coutellerie, une vieille bâtisse située à la rue de la Grand-Fontaine à Fribourg, juste en-dessous de l’Hôtel-de-Ville.  Ce jeudi soir-là avait lieu un souper « pop », confectionné avec les invendus du marché du mercredi. Dans la salle du fond, je me commande une bière au bar, elle est au prix libre. Derrière moi, une table fête un anniversaire, il y a un gâteau, des bougies, tout le monde se met à chanter. Je pose quelques questions à des visages connus, j’essaye de savoir qui gère l’endroit, qui a eu cette idée. On me répond que l’endroit n’est géré par personne, enfin un peu par tout le monde, et que c’est le propriétaire qui l’a mis à disposition. Ce sont les initiatives de chacun qui font de cet espace autogéré ce qu’il est, un retour à l’essentiel, à quelque chose de commun qu’on partage sans jamais le posséder.

Et c’est exactement l’écrin qui convient à la musique de Louis Jucker. Entre dépouillement, simplicité et intensité.

Alors que je termine ma bière, quelqu’un vient nous prévenir que le concert va commencer. Nous nous dirigeons donc tous vers la salle qui se situe à l’entrée du bâtiment. La scène est au niveau du public, ce qui arrange bien les affaires de Louis qui est assis, et Audrey qui est à genoux, sous une lampe, entourée de tous ses jouets. Louis a une guitare de sa fabrication, qui ressemble à une petite valise à laquelle on aurait greffé deux micros et un manche. Derrière lui, un minuscule ampli fait maison lui aussi. Il chante dans un micro empalé sur un corps de lutrin dont la partie qui supporte les partitions a disparu. Avant de commencer à jouer, Louis enlève ses chaussures, puis ses chaussettes. Tout s’explique quand plus tard on le voit tripoter les potards de ses deux pédales d’effet avec les orteils, et on se met à rêver de pouvoir faire pareil avant de se rappeler être née avec des chipolatas plutôt que des orteils. La nature est parfois si cruelle.

Le concert doit s’écouter, j’ai horreur de décrire de la musique. Mais imaginez juste un instant, une fragilité extrême, des notes perchées, parfois proches du miaulement d’un chat un peu triste, accompagnées par des sons de jouets, de clochettes, de tisane sèche dans un bol en porcelaine.  On est plongés dans le noir, on se laisse emporter, jusqu’au moment où quelqu’un veut bien faire et essaye de brancher une prise pour allumer un spot de plus sous le regard amusé de Louis qui attend. Tout le monde rigole, c’est un échec: le spot ne sert à rien, et le sombre convient bien au public comme aux musiciens.

 

Après le concert, Louis et Audrey prennent un instant pour venir me parler.

Un peu bêtement (je m’en rendrai compte au fil des réponses), je lui demande si ce dépouillement sur scène est une sorte de manifeste, une manière de nous faire comprendre qu’on est allés trop loin avec des grosses productions musclées.  Mais Louis n’est pas du genre à se plaindre ou à  critiquer ceux qui n’ont pas fait les mêmes choix artistiques. Il me dit être à la « bonne place » pour lui, pour sa musique. C’est à dire dans un endroit petit, intime, avec peu de matériel, parce que c’est ce qui est le plus adapté à ce qu’il produit actuellement.

Pour ce disque, il ne veut pas dépenser d’énergie pour aller dans des immenses salles, parce que ça ne servirait à rien, ce ne serait pas « à propos ». Il aime la fragilité de ses concerts, l’effort que fournit le public, les petits bruits, les aléas qui « nourrissent » le live. « Plus tu fais fragile, plus le public fait l’effort ». Et pour quelqu’un qui a horreur de l’écoute « forcée », de ces soirées où on ne peut ni bouger, ni vivre, il me raconte que, jusqu’ici, les concerts  ont été accompagnés par un public très réceptif, et il s’en réjouit.

Finalement ce soir là, à la Coutellerie, c’est plutôt le public qui réagissait mal aux murmures, puis au chantonnement d’un homme un peu ivre, quand Louis, lui, en jouait en lançant quelques phrases drôles entre deux morceaux.

D’après Louis, le challenge est surtout de faire co-exister grosses et petites productions. Comment s’inscrire dans un concert quand tu arrives seul avec un minimum de matériel, et que tu fais la première partie d’un groupe autour duquel gravite un staff de dix personnes, du matériel à ne plus savoir qu’en faire et parfois des égos aussi évidents à vivre qu’un frigo ampeg à charger dans une twingo. Pour lui, parfois, il suffit d’abandonner la scène. Physiquement. D’aller jouer au milieu du public, comme ce soir-là au Romandie, où il s’est retrouvé devant la scène, le plus près possible des gens venus l’écouter.

J’ai été très touchée par ce concert, et par le lieu dans lequel il prenait vie. Des gens autour de moi qui n’avaient, ce soir, besoin de rien d’autre que d’un coussin posé sous leurs fesses et d’un verre de rouge (qui piquait un peu le nez, il faut l’avouer). A mon sens, il y a bien plus de chance que ce modèle-là soit celui qui perdure. Les grosses productions viennent, et vont, en obéissant au marché, puisque personne n’investira de l’argent sur un musicien, s’il n’est pas sûr d’en  retirer quelque chose. Ce soir-là, Louis, lui, pariait surtout sur sa musique, et il a eu bien raison de le faire.

Pour le suivre:

http://www.louisjucker.ch

Louis et Audrey m’ont demandé de cuisiner un plat qu’ils ont mangé chez Pascale, une des hôtesses de leurs Houses Shows:

 

La quiche au tofu fumé

 

Ingrédients:

-1 portion de pâte brisée (j’ai choisi d’en faire une avec de l’épeautre, mais celle du commerce est très bien)

-2 oeufs

-50g de parmesan râpé

-2dl de crème

-1 carotte orange

-1 carotte jaune

-1 petit poireau

-1 oignon rouge

-1 petit brocoli

-100g de tofu fumé

-un peu de persil

-sel, poivre, muscade

-huile d’olive

 

Préchauffez le four à 210°.

Mettre la pâte dans le moule, en coupant bien les bords au couteau. Piquer à la fourchette.

Emincer l’oignon, le faire revenir dans une poêle avec un peu d’huile d’olive.

Laver, éplucher et couper les légumes, les faire revenir quelques minutes dans la poêle, saler, poivrer, ajouter un décilitre d’eau et faire cuire encore 5 min avec un couvercle. Couper le feu, et faire refroidir 5min.

Pendant ce temps, préparer un flan avec les deux oeufs entiers et la crème, saler, poivrer, et y ajouter un peu de noix de muscade fraîche. Ajouter le parmesan, puis mélanger mais sans fouetter. Pour un bon flan, les oeufs ne doivent pas être trop travaillés.

Mettre les légumes au fond du plat à tarte, découper le tofu en bâtonnets et les répartir sur les légumes, ajouter le persil haché, ajouter le flan en faisant bien attention à en mettre partout.

Enfourner pour 35-40min dans la position la plus basse du four.

Et voilà!

 

foodandfuzz
Follow me

foodandfuzz

Vous aimez la bouffe et le rock?

Sur Food & Fuzz, je cuisine et propose les recettes préférées de mes musiciens préférés! Des reviews de concerts, des critiques d’albums, de l’actu et des recettes, le paradis?

Si tu as un groupe ou que tu as un super label et que tu aimerais un article sur Food & Fuzz, écris-moi!
foodandfuzz
Follow me

About the author

foodandfuzz

Vous aimez la bouffe et le rock?

Sur Food & Fuzz, je cuisine et propose les recettes préférées de mes musiciens préférés! Des reviews de concerts, des critiques d’albums, de l’actu et des recettes, le paradis?

Si tu as un groupe ou que tu as un super label et que tu aimerais un article sur Food & Fuzz, écris-moi!

Leave a Comment