Food and Fuzz

Matthew E. White, le white hip et le poulet frit.

 

Avril 2014, la Fnac avait organisé un showcase gratuit de Matthew E.White au Nouveau Monde. L’occasion immanquable de voir en vrai le plus doux, le plus cool, le plus atypique des « ex »-jazzeux américains reconverti en prêcheur soul, accompagné alors d’un quartet monstrueux dont le batteur m’avait marquée, sorte de brute épaisse planquée dans le corps d’un joli hipster en chemise à carreau et pull vintage beige, un fixie planqué derrière ses fûts pour rejoindre au plus vite une brasserie artisanale que ses copains graphistes auraient ouverte (tout ça se passe dans ma tête bien entendu).

Ils étaient là pour la promotion de « Big Inner ». Un premier album qui avait été discrètement bien reçu. Côté influence, avant même de l’écouter, il suffit de regarder la pochette sur laquelle on retrouve les portraits de Dr. John, le digne représentant de tout ce qui se fait de mieux du côté de la Nouvelle-Orléans, du blues au Zydeco en passant par le boogie woogie, et King Tubby, ingénieur du son et producteur jamaïquain à l’origine de la dub.

matthew-e-white-big-inner

Le décor est donc posé. A ça, on rajoute une vraie formation jazz, un job d’arrangeur et de guitariste dans un des meilleurs Big Band de Richmond sa ville natale et on commence à comprendre d’où a pu sortir ce premier album.

Essayez donc pour voir de ne pas chalouper de la hanche en écoutant Steady Pace:

Avec Big Inner, Matthew E.White avait un trop plein, beaucoup de choses qu’il voulait montrer, ses influences, son amour pour la Motown, une grosse production façon Phil Spector, des cuivres, des cordes et j’en passe. Ce grand barbu aux longs cheveux fins et à la silhouette imposante est une vraie encyclopédie de la musique. Il décortique les productions, s’intéresse aux méthodes d’enregistrement et analyse les albums les uns après les autres pour en trouver la spécificité un peu comme celui qui changea sa vie, le trompettiste de jazz new-yorkais Steven Bernstein. Dans une interview pour Télérama il raconte :  « C’est un jazzman atypique. La personne la plus importante que j’ai rencontrée. A 20 ans, j’ai roulé jusqu’à New York, chez lui, pour une leçon qui devait durer une heure. On est restés dix heures à écouter des disques ! C’était la première fois que je croisais quelqu’un qui passait du jazz New Orleans au free, à la soul, à Rock Of Ages, du Band, puis au « double blanc » des Beatles, aux Beach Boys, à Allen Toussaint, à On The Corner, de Miles Davis… Steven m’a appris que tout ça ne faisait qu’une voix unique. C’est ce que je veux avec mes disques. Qu’on me cite des influences diverses et que cela fasse un grand tout. Cette journée a changé ma vie ! »

Et puis cette année, Matthew E. White a pris une grande respiration et il a sorti « Fresh Blood ». Un deuxième album moins urgent, moins produit. Il m’explique qu’il a voulu se concentrer sur la chanson et moins sur la production. Je lui demande alors si il est un peu « control freak », il me répond qu’il aime organiser et créer, oui, mais plutôt que de dicter aux gens quoi faire, il prend le temps de s’entourer des bonnes personnes, leur indique la direction dans laquelle il veut aller, pose un cadre et laisse les gens faire ce qu’ils savent faire de mieux.

Je lui demande de quoi il est le plus fier dans cet album et il me raconte qu’il est surtout heureux d’avoir l’opportunité de voyager pour partager sa musique. Il a de moins en moins de temps pour lui, mais c’est plutôt bon signe.C’est la dixième fois qu’il a l’occasion de venir en Europe et il en est très fier.

On est dimanche soir, il y a peu de monde à l’Usine PTR de Genève. Après être sortie de ma voiture bousculée par deux vendeurs de boulettes (j’espère qu’ils parlaient de mes boulettes vegans, mais rien n’est moins sûr) je me félicite de porter une mini jupe et des talons tout à fait de circonstance. J’ai attendu longuement le début du concert, seule, appuyée au bar avec ma bière. Dear Deer que beaucoup de monde m’avait vanté m’ont plutôt déçue. Heureusement entre les deux concerts il y a cette paire de sécus à l’entrée qui me racontent leurs meilleurs souvenirs ici, en me filant clopes sur clopes (que je n’ose pas aller acheter telle la vraie fribourgeoise qui descend à la grande ville).

Matthew arrive sur scène. A mon étonnement ils ne sont que deux. Il est accompagné de Alan Parker, un guitariste résolument jazz jusqu’au bout de son costume bleu foncé qui va très vite montrer qu’il suffit largement pour accompagner la voix de White qui est plus douce que jamais. Ambiance feutrée, gratouillement de guitare d’un côté, accords plus marqués et riffs pêchus de l’autre. Munis d’une stomp box, il amène tout ce qu’il faut à Matthew E. White pour se la couler douce dans le bon sens du terme.

IMG_9188

White en impose malgré sa petite voix susurrée. Version barbue et chevelue de Sainath Bovay à qui on aurait rajouté 30cm de haut et 40cm de large. On a ici à faire à un vrai hipster. Pas le mec qui porte son pantalon à l’envers parce que personne ne l’a encore fait, mais le vrai hipster original confirmant ainsi son héritage jazz.

Les chansons s’enchaînent, la sauce prend dès le début. Un type grisonnant nous gratifie de quelques « very good music ! » lancés vers la scène en renversant sa bière, mais rien n’entache ce moment de grâce. Même pas cette corde qui pète alors que visiblement aucune guitare de rechange n’a été accordée, c’est finalement Parker qui se lève et va en chercher une, l’accorde et la passe à Matthew qui rit.

Fin du set, ils jouent le tube de leur dernier album : « Rock n’Roll is cold ». Tout le monde fait les tsou na na na na, personne ne connaît vraiment les paroles que j’adore depuis la sortie de ce titre, avec mention spéciale pour le refrain :

You said you found the soul of rock and roll

You said you found the soul of rock and roll

Hey, hey, rock and roll, it don’t have no soul

Everybody knows that, everybody knows

Everybody knows that rock and roll is cold

You said you found the key to R&B

You said you found the key to R&B

Hey hey, R&B, it don’t have no key

Everybody sees that, everybody sees

Everybody sees that R&B is free

Because everybody likes to talk

Everybody likes to talk shit

Le concert se termine sur un rappel. Matthew joue Stand By Me, le tube de Ben E. King décédé 3 jours plus tôt pour affirmer une dernière fois s’il le fallait que sa musique se nourrit de celle de ses idoles.

Attention nouvelle rubrique!

Ce que Matthew E.White aimerait vous faire écouter:

The Sleep Walkers

Un groupe de Richmond tout comme White, il me dit qu’il faut les surveiller!

leur page facebook

 

Lors de notre entretien qui s’était déroulé l’après-midi, il m’avait confié que son plat préféré était le poulet frit. Moi qui m’attendait à un plat vegan hippie avec des ingrédients qu’on ne trouve qu’en Corée du Nord, mes à prioris ont pris une bonne claque.

IMG_9205

Le poulet frit à l’américaine :

– Voir la recette ICI

 

foodandfuzz
Follow me

foodandfuzz

Vous aimez la bouffe et le rock?

Sur Food & Fuzz, je cuisine et propose les recettes préférées de mes musiciens préférés! Des reviews de concerts, des critiques d’albums, de l’actu et des recettes, le paradis?

Si tu as un groupe ou que tu as un super label et que tu aimerais un article sur Food & Fuzz, écris-moi!
foodandfuzz
Follow me

About the author

foodandfuzz

Vous aimez la bouffe et le rock?

Sur Food & Fuzz, je cuisine et propose les recettes préférées de mes musiciens préférés! Des reviews de concerts, des critiques d’albums, de l’actu et des recettes, le paradis?

Si tu as un groupe ou que tu as un super label et que tu aimerais un article sur Food & Fuzz, écris-moi!

Leave a Comment